La réinsertion,
c'est quoi ?
Plus qu’un nouveau départ, la sortie de prison ressemble souvent à une chute libre. La réinsertion peut amortir cette chute. Loin d’un vœu pieux, elle fait partie des missions de l’administration pénitentiaire mais suppose des moyens et l’engagement de toute la société.
La prison, et après ?
À quoi servent les prisons ? La question paraît provocatrice tant l’idée d’enfermement pour protéger la société est devenue évidente. Selon les données du site World Prison Brief, plus de 11 millions de personnes sont incarcérées dans le monde et la plupart finiront par sortir. La détention suffit-elle à rompre le cycle de la délinquance ? Rien n’est moins sûr. En France par exemple, 37 % des personnes libérées sans accompagnement (« sortie sèche ») récidivent dans l’année, selon les chiffres du Ministère de la Justice . Aux États-Unis, deux tiers des personnes libérées retournent en prison en trois ans selon un rapport du Bureau of Justice Statistics publié en 2021.
Seule une véritable politique de réinsertion peut éviter la spirale de la récidive. Être inséré.e signifie disposer d’un logement, d’un revenu, d’un emploi, de liens sociaux. Or la prison fait perdre tout ce socle. À la sortie, une politique de réinsertion ou son absence détermine la place que la personne pourra reprendre dans la société. Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), la réinsertion en milieu carcéral recouvre l’accompagnement moral, professionnel, éducatif et culturel, et doit constituer « un principe directeur » du système pénal, mais la réalité peine encore à s’en approcher.
Les verrous de la sortie
Sur le papier, la réinsertion est une mission centrale de l’administration pénitentiaire française au même niveau que la garde selon la loi de 1987. Les actions de réinsertion passent par le travail, la formation professionnelle, l’accès aux activités culturelles et sportives, ou encore le maintien des liens familiaux. Toutefois les conditions de détention, et en particulier la surpopulation carcérale, avec un taux d’occupation d’environ 140 % en France, rendent ces dispositifs difficiles, voire impossibles, à mettre en œuvre.
À ces contraintes s’ajoutent les vulnérabilités que cumulent les personnes détenues. Une méta-étude publiée dans International Journal of Prisoner Health montre que près d’un cinquième sont sans domicile à l’entrée et environ 30 % le sont à la sortie. Beaucoup perdent leurs papiers d’identité, voient leurs droits sociaux suspendus, sortent sans revenus, avec des dettes ou des conduites addictives non traitées. Dans ces conditions, et sans accompagnement structurel, les portes s’ouvrent davantage sur précarité que sur la liberté.
Préparer la sortie dès le premier jour
Les Stratégies types pour réduire la récidive, publiées par l’UNODC en janvier 2025, rappellent que la prévention passe par des environnements carcéraux proches de la vie extérieure et par un recours renforcé aux mesures en milieu ouvert. Le modèle scandinave est souvent cité pour cette raison. Au Danemark, un tiers des places de l'ensemble du parc pénitentiaire se situe en établissements ouverts. Toutes les personnes détenues doivent travailler, étudier ou suivre un programme de prise en charge. Elles reçoivent un salaire et une allocation hebdomadaire pour leurs achats de première nécessité. Cette continuité réduit la rupture du jour J et contribue à un taux de récidive parmi les plus bas d’Europe, autour de 28 %.
Aux États-Unis, le Mount Tamalpais College, un cursus universitaire au sein de la prison de San Quentin, affichait 17 % de récidive chez les anciens élèves, contre environ 65 % dans la population générale des sortants californiens. Quant aux programmes de réinsertion, l’ONU rappelle la nécessité d’évaluer chaque personne dès son arrivée afin de concevoir un parcours continu, fondé sur des programmes adaptés aux besoins de chacun car une prise en charge standardisée ne permet pas de traiter les facteurs spécifiques de la récidive.
La prison est un moyen nécessaire mais peu performant et très handicapant. Il faut créer des outils nouveaux. Comme les prisons ouvertes qui existent partout dans le monde. Elles ressemblent davantage à des centres d'accueil, à des lieux de réinsertion, de travail.
Serge Portelli, ancien magistrat
Une affaire de toute la société
L’ONU rappelle qu’une véritable politique de réinsertion ne peut reposer sur la seule justice et qu’elle doit mobiliser les services sociaux ainsi que l’ensemble des acteurs et actrices communautaires.
Au Japon, des citoyens bénévoles appelés hogoshi complètent l’action de l’État en accompagnant les personnes à leur sortie de prison. Parce qu’ils vivent dans les mêmes quartiers, les hogoshi peuvent écouter, conseiller, et aider les ancien.nes personnes incarcerées à retrouver un cadre de vie stable et à recréer du lien avec la société.
En Norvège, WayBack, un réseau d’anciennes personnes détenues, intervient dès la détention pour régler dettes, papiers ou logement et assure un suivi intensif lors des premières semaines dehors.
En France, des structures comme Wake Up Café accompagne les personnes détenues pendant deux mois en détention et 12 mois à la sortie avec un emploi partenaire. En dix ans, parmi les 2 300 personnes suivies, 88 % n’ont pas récidivé. Partout, les exemples montrent qu’en matière de délinquance, il n’existe pas de fatalité, mais une question de volonté collective.
D’une manière ou d’une autre, certain.es s’imaginent qu’une personne libérée après 15 ans de détention dans des conditions indescriptibles, avec un casier pour encore 10 ans, va pouvoir trouver un emploi de bureau bien payé dans un quartier sympathique mais c’est un fantasme. L’enseignement est en fin de compte la meilleure des politiques sécuritaires : il donne aux personnes qui en ont besoin les outils pour tourner le dos au crime.”
Matias Bruno, professeur, El Centro Universitario San Martín
Par Rédaction Tilt
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