environnement

L’agriculture peut-elle
être respectueuse
des ressources en eau ?
Lila Vancrayenest

Rédaction Tilt le 04/06/2026

6 min de lecture 🧠   Niveau « Je me débrouille »

D’ici 2050, les besoins en eau pour l’agriculture vont doubler afin de satisfaire la demande alimentaire d’une population croissante (selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture). Mais voilà, l'eau douce se raréfie et ne représente que 3% de la totalité de l’eau sur Terre. Pourtant, près de 70% sont utilisés à des fins agricoles.  Dans ce contexte, il est urgent de repenser la place de l'eau dans l'agriculture. Mais, est-ce qu'une agriculture plus respectueuse du cycle de l'eau est possible ?

Pour répondre à cette question, on a interviewé Lila Vancrayenest, responsable des projets de solidarité internationale à la Fondation GoodPlanet.

Tilt – Comment fonctionne le cycle de l'eau dans les systèmes agricoles ? 

Lila Vancrayenest : Le système agricole a un lien très important avec le cycle de l'eau. D'une part parce que l'agriculture représente une grande partie de la consommation d'eau douce. En France, on va parler environ de 60%, dans certains pays, c'est plus. Ce qui est très important de retenir, c'est que le système agricole va avoir un impact important sur ce qu'on appelle le cycle de l'eau verte. Le cycle de l'eau verte est différent du cycle de l'eau bleue qu'on connaît et dont on parle plus, puisque le cycle de l'eau bleue est visible :  la pluie qui s'infiltre dans le sol vers les nappes phréatiques ou qui ruisselle vers les ruisseaux, les rivières et la mer.

En parallèle de ce cycle, le cycle de l'eau verte est l'eau invisible, qui est stockée dans le sol et utilisée par les plantes. Et donc cette eau invisible circule entre les sols et l'atmosphère via ce qu'on appelle l'évapotranspiration (l'évaporation de l'eau depuis le sol et la transpiration des plantes). 
Lorsqu’on regarde le volume des pluies, 40% proviennent du cycle de l'eau bleue, et 60% du cycle de l'eau verte. Donc, c'est un cycle qui est très important, avec des gouttes d'eau qui circulent jusqu'à neuf fois avant de rejoindre ce grand cycle de l'eau bleue. 

Dans le système agricole, c'est sur ce cycle de l'eau verte qu'on peut agir. Il est fondamental et représente un volume d'eau très important.

Tilt – En quoi l’agriculture modifie-t-elle le cycle naturel de l’eau ?

Lila Vancrayenest : Les surfaces agricoles, si elles sont plus ou moins denses en végétation, plus ou moins riches aussi en diversité écologique, vont jouer un rôle sur ce cycle de l'eau verte, puisque les arbres et les plantes participent à la mise en circulation de l'eau. L’agriculture a un rôle important sur la qualité des sols. Des sols en mauvaise santé, ce sont des sols qui absorbent moins l'eau, participent moins à l'infiltration de l'eau, ne peuvent pas jouer leur rôle « d'éponge » qu’ils sont censés jouer. Donc, l'utilisation des matières organiques, le soin du sol et la diversité écologique sur les parcelles vont agir sur ce cycle de l’eau.

Tilt – Pourquoi est-ce important de repenser notre utilisation de l’eau dans le modèle agricole ?

Lila Vancrayenest : C'est important de repenser notre utilisation de l'eau dans le modèle agricole. D'une part, parce que l'agriculture représente une part importante de la consommation d'eau douce et que, aujourd'hui, les modèles agricoles sont très dépendants de la pluviométrie. On va vers des prévisions climatiques qui sont de plus en plus critiques. Si aujourd'hui, on consomme 60% de l'eau douce en France pour seulement 7% des terres irriguées, en fait, on est obligé de devoir penser à des solutions sur le long terme, d'encourager une résilience des écosystèmes. Et on ne peut pas juste se tourner vers une irrigation toujours plus importante de nos terres parce que l'eau n'est pas disponible et va l'être de moins en moins.

Tilt – Peut-on pratiquer une agriculture qui respecte l’environnement ?  

Lila Vancrayenest : On peut de toute évidence pratiquer une agriculture qui est plus résiliente, notamment d’un point de vue de l'accès à l'eau. Cela nécessite de mettre en place des pratiques régénératives, de changer sa manière de produire. Dans ce cas, il est possible de se tourner vers des pratiques de l'ordre de l'agroécologie. Une approche qui va utiliser des connaissances et des pratiques écologiques pour produire de manière plus résiliente. Cela comprend notamment l'agroforesterie, l'utilisation d’arbres, de plus de végétation sur les parcelles, associer les arbres à l'élevage ou aux cultures, couvrir les sols. Il y a de nombreuses méthodes de l'ordre de l'agroécologie qui vont permettre d'accompagner ce cycle de l'eau verte. Il s’agit, en fait, de participer à la mise en circulation de l'eau entre le stockage dans les sols, dans l'atmosphère et la mise en circulation de l'eau. Mais pour ça, il faut des sols de bonne qualité, donc il faut en prendre soin : c'est possible via des pratiques agroécologiques. 

Il existe également des pratiques qui sont purement dirigées vers la régénération du cycle de l'eau. On parle d’hydrologie régénérative. Elle est parfaitement complémentaire avec les pratiques agroécologiques. Elle a comme rôle de ralentir, de répartir, d'infiltrer et de stocker l'eau de pluie et l'eau de ruissellement, en mettant en place des aménagements, en plantant des végétaux, en restaurant le couvert végétal sur un endroit. Le but est justement que l'eau puisse mieux se répartir et mieux servir les cultures et l'ensemble des écosystèmes qui sont sur un territoire.

Agriculture

Par Rédaction Tilt

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