mémoires

Pourquoi les personnes
queer racisées
sont-elles absentes
des archives ?
Paola Bacchetta

Rédaction Tilt le 16/06/2026

4 min de lecture 🧠   Niveau « J'y connais rien »

Et si les archives ne racontaient qu’une partie de l’histoire ?

Quand on parle d’histoire et de luttes LGBTQIA+, certains récits occupent le devant de la scène, tandis que d’autres restent dans l’ombre. Les personnes queer racisées, en particulier, sont souvent absentes des archives et des mémoires collectives.

Mais comment se construit une mémoire ? Qui décide de ce qui mérite d’être conservé, raconté et transmis ? 

Dans cette interview avec Paola Bacchetta, sociologue et professeure d’études de genre et féministes à l’Université de Berkeley, on explore les liens entre mémoire, archives, colonialisme et récits queer. Une réflexion sur l’amnésie coloniale et la nécessité de rendre visibles les histoires qui ont longtemps été marginalisées.

Tilt – Comment définiriez-vous une « mémoire » ? En quoi est-ce différent d'une archive ? 

Paola Bacchetta : Chacun, chacune est une archive, je pense. Chaque personne. La mémoire, je vois ça comme quelque chose à la fois de personnel et à la fois quelque chose de très flou dans le discours.

Et pour nous, par exemple, dans le mouvement queer racisées, on n’a presque pas d'archives et on n'a pas non plus beaucoup de mémoire. Et il y a des choses qui sont archivables et d'autres qui ne le sont pas. 

Je me suis confrontée à cela lorsque je faisais l’archive de Dyketactics!, parce que j’ai été élue par la collectivité comme archiviste.  Par exemple, une de nos membres du collectif Dyketactics!. a été arrêtée par le FBI, puis droguée, interrogée et laissée dans un champ. À l'époque, c'était comme ça aux États-Unis. Ils descendaient des gens du mouvement noir. Mais, avec nous, ils nous harcelaient d'une autre manière. Personne d'entre nous n'a été tuée, mais nous avons été harcelées autrement. La répression était très, très forte. La personne en question, membre du collectif Dyketactics!, n’en a pas parlé au début. Nous en avons parlé, un tout petit peu, entre nous, mais pas publiquement. Pourtant, elle s'exprimait beaucoup publiquement. Et au bout d'un moment, elle a décidé : « Je ne vais plus garder ça ni pour moi ni pour nous. »  Et elle a écrit l'histoire et, actuellement, ça fait partie de notre archive. 

Donc, il y a beaucoup de silences et je pense qu'il y a des silences très différents. Ce ne sont pas toujours les mêmes silences.

Tilt – Peut-on dire que les mémoires des personnes queer racisées ont été invisibilisées ?    

Paola Bacchetta :  L'histoire des personnes queer racisées est complètement invisibilisée. Mais actuellement, il y a un peu partout dans le monde une tendance à vouloir faire des archives, créer l'historiographie différemment.  
Et ici en France, par exemple, il y a la Revue « AssiégéEs » qui a fait un numéro spécial sur l'histoire des personnes racisées en France. Dans mon livre, dans le chapitre cinq, je fais une histoire du mouvement queer racisés, ici, en France. Il y a également le livre de Salima Amari sur les lesbiennes maghrébines. Il commence à avoir une littérature sur cette question.

Tilt – Pourquoi est-ce important de rendre visibles les mémoires queer racisées ?  

Paola Bacchetta :  Il y a plusieurs histoires de visibilité. Cette question est très complexe. 
Parfois, c'est une violence de « outer » des personnes parce que ça rendait certaines personnes plus vulnérables. 

Et ensuite il y a la visibilité voulue. On a envie d'avoir une place aujourd'hui. Il y a des personnes qui luttent pour ça, il y a des histoires écrites. Un collectif par exemple, comme Les archives LGBTQ, c’était des queer blancs au départ, mais c'est des personnes blanches qui vraiment, font énormément d'efforts, pour être plus inclusifs. Ça existe aujourd'hui et il faut le reconnaître : c'est très chouette.

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Par Rédaction Tilt

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