La savane congolaise,
nouveau far west
pour les pasteurs
mbororos ?
Au cours du XXe siècle, les éleveurs peuls mbororos sont progressivement descendus des pays du Sahel pour fuir la désertification. Aujourd’hui, ils s’établissent au nord de la République démocratique du Congo (RDC), où l’herbe est plus verte et le climat (un peu) moins conflictuel. Mais des tensions naissent avec la population locale, majoritairement agricultrice.
Une présence jugée intrusive
Depuis le début du XXIe siècle, les troupeaux de plusieurs centaines de têtes de bétail de ces éleveurs nomades sont régulièrement accusés de dévaster les champs de manioc ou de maïs, de véhiculer des maladies et de tarir les réservoirs d’eau potable – ou de les polluer avec leurs déjections. Cette photo prise en février 2026 à Bele, dans la province du Haut-Uélé au nord-est de la RDC, montre les vestiges d’un campement saccagé par la population locale. « Ils nous ont accusés d’avoir incendié une habitation alors que nous avions effectué un brûlis sur une friche voisine pour préparer un pâturage », témoigne Oumar Buba, cow-boy de 30 ans originaire du Tchad. « Nous avons versé 3 millions de francs [1123 d’euros] en dédommagement à l’autorité coutumière, mais ça n’a pas suffi. »
« L’éternel problème de la corruption »
Ils étaient quelques milliers au début des années 2000, ils sont désormais au moins 56 000, selon l’ONG néerlandaise PAX, avec un cheptel de 300 à 350 000 têtes. Ils entrent frauduleusement par les frontières centrafricaines ou sud-soudanaises, avec leurs vaches à longues cornes et leur famille, et arpentent les paysages de savane arborée et de prairies, en quête de pâturages. Certains groupes d’éleveurs occupent même la réserve naturelle du Parc de la Garamba, perturbant la faune sauvage (éléphants, girafes, lions, antilopes, rhinocéros, etc.). Pour inciter les autorités locales à tolérer leur présence, ils ont pris l’habitude de leur verser des pots-de-vin : « Les Mbororos constituent une source de revenus pour ces dirigeants, qui échangent leur laxisme contre de belles sommes d’argent », signale Jean-Claude Malitano, coordonnateur de l’ONG locale Action pour la promotion rurale dans la ville-carrefour de Faradje. « Mais les billets récoltés vont directement dans les poches de ces autorités, rien ne bénéficie aux populations. C’est l’éternel problème de la corruption en RDC. »
Par Argos x Tilt
"La photo qui fait Tilt" est proposée en collaboration avec le @CollectifArgos qui rassemble des journalistes engagé·e·s sur les questions environnementales. Cette photo est publiée dans le cadre de notre édition estivale consacrée à la République démocratique du Congo.
📸 Gwenn Dubourthoumieu ✍️ Guillaume Jan
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