santé

Et si la santé
ne concernait pas
que l'humain ?
Thierry Lefrançois

Rédaction Tilt le 04/05/2026

6 min de lecture 🧠   Niveau « Je me débrouille »

La notion de santé ne se limite pas à l’humain. Elle concerne aussi les animaux, les plantes, les écosystèmes dont nous dépendons.

Face aux crises sanitaires et environnementales, notre manière de penser la santé est remise en question. La pandémie de Covid-19 a agi comme un révélateur, mettant en lumière les liens étroits entre nos modes de vie et l’équilibre du vivant.

Mais alors, pourquoi redéfinir la santé devient une nécessité ? Dans cette interview, Thierry Lefrançois, Conseiller de la PDG du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), revient sur les enjeux d’une vision élargie de la santé et sur les transformations qu’elle implique à toutes les échelles.

Tilt – Qu’a révélé la pandémie de Covid-19 ? 

Thierry Lefrançois : Pour les gens qui travaillaient sur le sujet, ce n’était pas vraiment une surprise. Au CIRAD, ça faisait des années qu'on travaillait sur les coronavirus dans, par exemple, les marchés d'animaux vivants en Asie du Sud-est. Les chercheur.es travaillent dans des zones d'émergence, là où les interactions sont fortes entre les êtres humains, les animaux domestiques, mais aussi les animaux sauvages. Par exemple, la déforestation va modifier l'habitat pour les espèces sauvages. Et donc des animaux, comme les chauves-souris qui étaient dans une zone très peu anthropisée (avec peu de présence d’êtres humains), vont se retrouver éventuellement en contact avec des êtres humains ou un animal domestique. 

Et ce contact va faire que des pathogènes vont pouvoir être mis en contact. À partir de ce moment-là, un virus peut muter […] et se transmettre d'un animal à un autre. Et s'il se multiplie, il peut éventuellement muter à nouveau, s'adapter et infecter un humain.

Tilt – Pourquoi vouloir redéfinir la santé ? 

Thierry Lefrançois : La définition de la santé en 1948 prenait en compte autre chose que l'absence de maladie. Elle prenait en compte finalement les déterminants sociaux, en particulier de la santé. En revanche, il n'y avait absolument aucune notion des questions environnementales. Finalement, cette définition de la santé centrait tout sur l'humain. Or, actuellement, on est plus du tout dans la même situation sanitaire qu'en 1948. Pourquoi plus du tout ? D'abord, on a une augmentation énorme de la population humaine sur Terre. Ce qui change les équilibres avec l'environnement et les animaux. Ensuite, on a un vieillissement très important de la population, une augmentation du nombre de maladies chroniques (obésité, diabète, etc.). Toutes ces problématiques sont liées à des questions de comportement humain, comme l’alimentation. Et on a aussi une augmentation des maladies émergentes […] Pourquoi est-ce qu'une épidémie peut se transformer en pandémie avec une multiplication et une diffusion très rapide à travers le monde ? C'est lié aux échanges animaux/humains qui sont beaucoup plus importants qu'il y a 70 ans. Donc, cette définition de la santé, elle n'est plus adaptée aux conditions sanitaires et à notre compréhension de ces interactions entre santé humaine, santé animale et environnement.

Tilt – C’est quoi les approches One Health ? 

Thierry Lefrançois : Le premier point des approches One Health, c'est reconnaître l'interdépendance entre la santé humaine, la santé animale et l'environnement. Ce qui implique une façon de travailler en intersectoriel, c’est-à-dire entre le secteur de la santé humaine, la santé animale et l’environnement. 
Cela suppose aussi de travailler en interdisciplinaire. Il faut des gens qui ont la compréhension de la biologie d'un pathogène. Mais aussi des économistes, des personnes qui étudient les sciences humaines et sociales, des épidémiologistes, des entomologistes. Donc, des spécialistes qui travaillent sur toutes les composantes du vivant, afin de comprendre ces interdépendances. 

Et le dernier élément extrêmement important, caractéristique d'une approche One Health, ce sont des approches multi-acteurs. Il ne faut pas que des chercheur.es ou des politiques. Il faut une interaction entre tous les acteurs des santés en général : la population, la société civile, etc. Donc les approches One Health, c'est vraiment essayer de comprendre les interactions, pour comprendre les équilibres entre les différentes santés.

MasterTilt, c’est quoi ?

MasterTilt, ce sont des interviews d’expert.e.s qui reviennent en profondeur sur leur sujet d’étude : d’abord, ils.elles décryptent les défis du monde, ensuite, ils.elles nous donnent leurs bons tuyaux pour agir.

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Par Rédaction Tilt

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