L'adaptation au changement climatique,
c'est quoi ?
Le climat change, ça, tu le sais déjà. Mais après le constat, on fait quoi ? Réduire les émissions de gaz à effet de serre, évidemment. Sauf qu’une partie du réchauffement est déjà enclenchée. Canicules, inondations, sécheresses, montée des eaux… ces impacts ne sont plus des scénarios hypothétiques, ils font partie du quotidien. Un mot revient alors de plus en plus souvent : l’adaptation. Mais de quoi parle-t-on concrètement ? De climatiseurs partout, d’une vie en mode survivalisme ? Pas vraiment…. On t’explique tout dans ce Tiltionnaire !
L’adaptation, une condition de survie
Le monde se réchauffe. Ce n’est plus un débat. Selon l’Organisation météorologique mondiale, la température moyenne mondiale a augmenté d’environ 1,34 °C depuis l’ère préindustrielle, et le seuil de 1,5 °C devrait être franchi dès les années 2030. Canicules plus fréquentes, sécheresses, inondations, montée du niveau de la mer : ces impacts font partie de notre réalité. Et même si les émissions de gaz à effet de serre s’arrêtaient demain, une partie du dérèglement climatique est déjà enclenchée.
L’adaptation vise à rendre ce monde à peu près vivable en limitant les dégâts humains, sociaux et économiques du réchauffement climatique. Le GIEC la définit comme « une démarche d’ajustement au climat actuel ou attendu et à ses conséquences ». Et ça concerne beaucoup de monde, puisqu’entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes, soit la moitié de la population, vivent dans des zones très vulnérables au changement climatique. L’adaptation n’est donc pas une option, mais une condition de survie collective. C’est pourquoi, en 2015, l’Accord de Paris l’a reconnue comme un pilier de l’action climatique mondiale au même niveau que la réduction des émissions.
S’adapter, concrètement, ça veut dire quoi ?
S’adapter ne veut pas dire transformer les villes en bunkers climatisés ni poser des maisons sur pilotis partout. L’adaptation consiste à ajuster les réponses aux réalités locales. En ville, planter des arbres peut faire baisser localement la température de 2 à 4 °C lors des vagues de chaleur, désimperméabiliser les sols permet de réduire le risque d’inondation. Les systèmes d’alerte précoce peuvent prévenir la population plusieurs heures, voire plusieurs jours avant une tempête, une inondation ou une vague de chaleur.
Selon l'ONU, leur présence réduit jusqu’à six fois la mortalité liée aux catastrophes. Dans l’agriculture, s’adapter passe par la diversification des cultures, l’ajustement des calendriers de semis, le choix de variétés plus résistantes à la sécheresse et une moindre dépendance à l’irrigation. Le 6ème rapport d’évaluation du GIEC, publié en 2022, souligne le rôle des solutions fondées sur la nature : restaurer des forêts, des zones humides ou des mangroves permet de limiter les inondations tout en protégeant l’eau et la biodiversité. Dans ce même rapport, le GIEC met en garde contre la « maladaptation », soit des mesures mal pensées (des infrastructures rigides, une irrigation coûteuse ou des climatiseurs justement) qui aggravent les problèmes au lieu de les réduire.
Le financement, nerf de l’adaptation
Les solutions existent, mais encore faut-il les financer. Selon le Rapport 2025 du Programme des Nations unies pour l’environnement sur l’écart d’adaptation, les pays en développement auront besoin de 310 à 365 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour faire face aux impacts climatiques, soit 12 à 14 fois supérieurs aux moyens alloués actuellement.
Cet écart appelé « gap » d’adaptation risque de réserver la protection aux pays les plus riches. Ce déficit pose la question de la justice climatique : les pays riches doivent soutenir les pays du Sud à faire face aux impacts du changement climatique, à s’adapter et à compenser les pertes irréversibles liées aux effets du changement climatique. Il ne s’agit pas de charité, mais d’une obligation morale envers ces pays qui subissent des effets qu’ils n’ont pas causés. Dans ce cadre, on parle alors de dette climatique : les pays industrialisés devraient aider non seulement à réduire les émissions, mais aussi à financer, voire compenser, les pertes irréversibles liées aux impacts déjà en cours.
Les limites de l’adaptation
Toutefois tout l’argent du monde ne peut tout compenser. Plus la planète se réchauffe, plus les marges de manœuvre se réduisent. Les scientifiques distinguent deux limites à l’adaptation.
D’abord celles dites “souples” : soit certaines solutions sont hors de portée faute de moyens ou de technologies, mais pourraient devenir possibles demain. Par exemple, une agricultrice qui ne peut pas investir dans l’irrigation ou des cultures résistantes à la sécheresse pourrait le faire si des aides existent.
Et il y a les limites “strictes”. Là, même avec plus d’argent ou de technologies, ça ne marche pas car certains systèmes atteignent un point de non-retour. Les récifs coralliens, par exemple, survivent très mal au-delà de +1,5 °C à cause du réchauffement et de l’acidification des océans. À des niveaux de réchauffement plus élevés, l’accès à l’eau, la santé ou l’agriculture deviennent impossibles à sécuriser dans certaines régions. Bref : on peut s’adapter à beaucoup de choses, mais pas à un monde qui chauffe sans limite. Sans baisse massive des émissions, l’adaptation revient à poser des rustines sur un globe qui fuit de partout.
« L’adaptation n’est pas un coût : c’est une bouée de sauvetage. Combler l’écart en matière d’adaptation, c’est protéger des vies, assurer la justice climatique et bâtir un monde plus sûr et plus durable. Ne perdons pas un instant de plus. »
António Guterres, Secrétaire général de l’ONU
Par Rédaction Tilt
Sources :
- Rapport de la Cour des comptes européenne — Adaptation climatique 2024
- ONU – Qu’est-ce que l’adaptation au changement climatique ?
- PNUE – Rapport 2023 sur le déficit d’adaptation au climat
- UNDP – 7 leçons clés sur l’adaptation climatique
- Qu'est-ce qu'on fait ? – L’urgence de s’adapter au changement climatique
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