bandeau photo qui fait tilt

Pérou, du cacao bio
contre la faim chimique

Argos x Tilt le 09/06/2026

2 min de lecture   «  »

Au Pérou, des petits producteurs de cacao cultivent sous les arbres, sans engrais chimiques, dans une région longtemps grignotée par l’orpaillage. Une manière de poser, les deux mains dans la terre, une vieille question qui taraude l’agriculture mondiale : peut-on nourrir la planète sans l’empoisonner ?

Cultiver sous la forêt

pérou Madre de Dios

Dans la région amazonienne de Madre de Dios, au sud-est du Pérou, les cacaoyers poussent sous les bananiers, les palmiers et les grands arbres. Ici, pas de champ tiré au cordeau, pas de sol mis à nu, pas de monoculture sous perfusion chimique. Le cacao se cultive en système agroforestier, c’est-à-dire dans un paysage vivant, touffu, où les plantes se protègent, s’ombragent et se nourrissent les unes les autres.

Née il y a douzaine d’années, la petite association Agrobosque a d'abord voulu offrir une alternative concrète à l’orpaillage, cette ruée vers l’or qui éventre les sols, pollue les rivières au mercure et laisse derrière elle des paysages abimés. Depuis, elle est devenue une coopérative agraire, qui rassemble aujourd’hui près de 130 familles paysannes autour d’un cacao natif cultivé de manière responsable. La petite graine a pris racine.
 

Nourrir sans détruire

pérou photo qui fait tilt

Longtemps, l’agriculture industrielle a imposé son récit : sans engrais chimiques, sans pesticides, sans machines et sans gigantisme, impossible de nourrir l’humanité. Pourtant, sur le terrain, des expériences comme celle d’Agrobosque racontent autre chose. Elles montrent qu’une agriculture productive peut aussi protéger les sols, garder l’eau, préserver la biodiversité et donner un revenu aux paysans.

L’ancien rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, l’a martelé dès 2010 : l’agroécologie n’est pas un supplément d’âme pour des consommateurs repus, mais une voie sérieuse pour augmenter les rendements, améliorer la sécurité alimentaire et réduire la dépendance aux engrais de synthèse. Dans le rapport qu’il présentait  alors, une vaste étude portant sur 286 projets menés dans 57 pays du Sud, sur 37 millions d’hectares, montrait une hausse moyenne des rendements de 79 %. 

Autrement dit, nourrir le monde ne consiste pas seulement à produire plus. Il faut aussi produire autrement, là où vivent les gens, avec les sols, les forêts, les savoir-faire locaux et les paysans qui tiennent encore le vivant à bout de bras.

Agriculture Alimentation

Par Argos x Tilt

"La photo qui fait tilt" est proposée en collaboration avec le collectif Argos qui rassemble des journalistes engagé·e·s sur les questions environnementales. 

📸 Jéromine Derigny 

✍️ Laure Noualhat

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