société

Peut-on lutter contre le
changement climatique
sans lutter contre
la pauvreté ?
Ugo Ziccarelli

Rédaction Tilt le 06/05/2026

5 min de lecture 🧠   Niveau « J'y connais rien »

Le changement climatique ne touche pas tout le monde de la même manière.

Si ses effets impactent l’ensemble de la population, ils frappent plus durement les personnes en situation de précarité : logements mal isolés, habitations dans les zones les plus exposées… autant de facteurs rendant la crise climatique encore plus difficile à vivre.

Pourtant, les personnes les plus pauvres sont encore invisibilisées des débats publics sur la transition écologique, et leur réalité est peu prise en compte dans les politiques publiques environnementales.
Dans ce contexte, peut-on vraiment lutter contre le changement climatique sans réduire les inégalités ?

Pour répondre à cette question, on a interviewé Ugo Ziccarelli qui travaille sur les sujets écologie et grande pauvreté chez d’ATD Quart Monde.
 

Tilt - Comment le changement climatique impacte-t-il les populations les plus précaires ? 

Ugo Ziccarelli : Les personnes en situation de pauvreté sont très souvent dans des endroits qui sont beaucoup plus exposés aux phénomènes de changement climatique. Elles sont, par exemple, dans des zones inondables, des quartiers très isolés, sans infrastructures de base voire dans des régions qui sont soumises à de nombreuses de catastrophes naturelles. Mais contrairement aux autres personnes qui peuvent avoir une solution de repli, (déménager ou avoir une assurance), ces personnes-là sont très vulnérables. Elles n'ont pas d'autre solution que de vivre là où elles sont. Souvent, elles n’ont même pas fait le choix de vivre là où elles sont.

Par exemple, notre association est présente à Bangui, en République Centrafricaine, dans un quartier qui est régulièrement inondé. Et les habitants n'ont aucune infrastructure de base. Il y avait quelques puits, mais qui ont été pollué à cause des inondations. Ils sont désormais infestés de vers de terre, de grenouilles... Plein de microbes qui donnent des staphylocoques, du typhoïde aux personnes. En fait, le changement climatique renforce toutes les dimensions de la pauvreté.

Tilt - Être écolo est un problème de riche ?

Ugo Ziccarelli : Ce n'est pas tant un privilège de riche. L'écologie, telle qu’elle est vécue actuellement par les personnes en situation de pauvreté, est représentative d'une certaine classe sociale. L'accent est mis sur le refus du gaspillage, sur le tri des déchets, sur les économies d'eau et d'électricité. Dans les discours écologistes, on a tendance à dire « il faut faire ça, il faut que tout le monde fasse des efforts », mais en fait, les personnes les plus pauvres font déjà ces gestes. Elles disent : « Mais moi, je le fais déjà. Donc je ne comprends pas pourquoi on vient me dire qu'il faudrait que je fasse des efforts. » Ça vient, en fait, un peu comme de la maltraitance sociale. 

En plus, on a tendance à dire que les personnes pauvres ne s’intéressent pas à l'écologie et au changement climatique. Ce n'est pas qu'elles ne s'intéressent pas à l'écologie, c'est qu'il y a plein d'obstacles qui font que les personnes ne peuvent pas participer aux combats écologiques parce qu'on ne prend pas en compte leur contribution. On ne prend pas en compte leurs savoirs particuliers, on ne prend pas en compte le fait qu'elles sont en situation d'exclusion.

Tilt - Comment les personnes en situation de pauvreté sont-elles invisibilisées de la question environnementale ?

Ugo Ziccarelli : Les personnes pauvres sont invisibilisées de la question environnementale parce qu'on a tendance à penser qu'on est tous dans le même bateau et donc qu'il n'y a pas de différence dans la manière dont on vit le changement climatique. En fait, les personnes les plus pauvres sont victimes encore plus intensément parce que leur santé est fragile à cause de la pauvreté, parce qu'elles sont dans des lieux touchés par la pollution, parce qu'elles sont dans des logements, si elles ont un logement même, qui sont des bouilloires thermiques. Tant qu'on ne prend pas le temps d'écouter les personnes en situation de pauvreté qui sont déjà touchées par ces enjeux, on va continuer d’invisibiliser ces questions. 
Pour permettre à des personnes en situation de pauvreté de participer à des débats, à des discussions, à des politiques publiques, cela demande beaucoup de temps. Et surtout, de bien comprendre ce qu'est la pauvreté, dans l'ensemble de ses dimensions.

Tilt - Comment intégrer la justice sociale dans la transition écologique ?

Ugo Ziccarelli : Il est possible d’intégrer la justice sociale dans la transition écologique en laissant d'abord une place aux personnes en situation de pauvreté dans les débats et dans la construction des politiques publiques. Dans un travail qu'on a fait avec l’ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), on s'est rendu compte que l'aspect social de la transition écologique n'était pas du tout pris en compte. On voyait qu’on ne se posait pas la question de comment les gens allaient accepter les mesures de transition écologique, ou comment tout le monde allait pouvoir passer de leur situation actuelle à une situation, dans 50 ans, qui serait plus écologique.

Environnement

Par Rédaction Tilt

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