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# Deep Tilt

Le changement climatique aggrave-t-il la faim dans le monde ? 

Oxfam x Tilt le 17/10/2022

5 min de lecture 🧠   Niveau « J'y connais rien »

Difficile de lister les multiples causes de la faim dans le monde tant elles sont complexes et liées à diverses perturbations. Conflit armé, instabilité politique, chocs économiques ou crises sanitaires comme le COVID peuvent participer à aggraver l’insécurité alimentaire des populations. Mais on voit également que les phénomènes extrêmes, qui s'intensifient avec le dérèglement climatique, réduisent de plus en plus la capacité des populations pauvres à éviter la faim. On t’explique tout ça avec Oxfam !

Le chiffre qui fait Tilt 

48 millions

de personnes souffrent de la faim dans les 10 pays considérés comme les « points chauds climatiques » étudiés par Oxfam. C’est deux fois plus qu’il y a 6 ans. 
 

La faim dans le monde augmente, en partie à cause du climat

Le changement climatique est à l'origine de phénomènes météorologiques extrêmes  (sécheresses, des incendies de forêt, canicules…) qui deviennent plus fréquents et plus intenses à mesure que le réchauffement climatique s’emballe. Mais quel est le lien avec l’insécurité alimentaire ?

Quels sont les « points chauds climatiques » étudiés par Oxfam ? 



Les recherches d'Oxfam ont porté sur 10 pays qui sont des "points chauds climatiques", c’est-à-dire des pays pour lesquels les Nations unies ont lancé le plus grand nombre d'appels humanitaires en réponse à des événements climatiques extrêmes majeurs depuis 2000. Ces pays sont : l'Afghanistan, le Burkina Faso, Djibouti, le Guatemala, Haïti, le Kenya, Madagascar, le Niger, la Somalie et le Zimbabwe. L'étude a montré que ces pays, qui connaissent des conditions météorologiques plus chaudes, plus humides ou plus sèches subissent une famine plus grave.

carte

Source : Oxfam

Bien qu'il soit extrêmement difficile de mesurer l'impact direct du changement climatique sur la faim, on voit que les conditions météorologiques extrêmes viennent s’ajouter à d’autres crises, et malmènent la vie de millions de personnes en les privant de leur maison, de leurs récoltes et de leur prochain repas.

Dans la même tempête, mais pas dans le même bateau



La faim induite par le climat montre de manière flagrante l'inégalité et l’injustice mondiale. Les pays qui ont le moins de ressources pour faire face à la crise climatique sont aussi ceux qui sont les moins responsables de celle-ci. Et à l’inverse, les pays riches, les riches et les grosses multinationales construisent leur richesse grâce à des activités qui émettent beaucoup de gaz à effet de serre. 

Sans surprise, les « points chauds climatiques » sont les pays les plus vulnérables et les moins bien préparés au changement climatique. En revanche, les pays riches – qui sont en grande partie responsables de la crise climatique – sont aussi les pays les mieux préparés aux chocs climatiques. 

carte

Source : Oxfam

L'histoire de deux sécheresses : La Somalie et les États-Unis



Cette différence entre les pays apparaît clairement si on compare par exemple les sécheresses aux États-Unis et en Somalie. 

Depuis 2020, certaines régions de l'ouest des États-Unis sont frappées par la pire sécheresse depuis des siècles, causée principalement par le changement climatique. Mais malgré la gravité des sécheresses - chacune coûtant près de 10 milliards de dollars en moyenne - leur impact sur l'économie américaine reste limité. Les États-Unis se situent dans le top 10 des pays les mieux préparés au changement climatique, grâce à leur puissance économique. Concrètement, cela permet au gouvernement de soutenir les petits agriculteurs et les personnes défavorisées pour qu'ils s'adaptent et se rétablissent rapidement.

En revanche, la Somalie se classe 172e sur 182 pays dans l'indice mondial d'adaptation. Le pays a été touché par la pire sécheresse depuis près d'un demi-siècle. Près de 7 millions de Somalien·nes ont faim à l’heure actuelle, et plus de 200 000 sont sur le point de succomber à la famine. Environ trois millions de têtes de bétail sont mortes, privant de nombreuses familles de nourriture et de revenus. Le pays a besoin d'urgence de 1,5 milliard USD pour fournir de l'eau et de la nourriture à sa population afin d'éviter que les gens ne souffrent de la faim. Ça parait être moins que ce que dépensent les Etats Unis, mais pour la Somalie, c’est énorme car ça représente 30% de son PIB. La sécheresse a donc des retombées économiques qui durent depuis des années, elle est à l’origine d’un conflit permanent et une dette extérieure qui paralysent la capacité du pays à faire face aux catastrophes climatiques.

sécheresse

Comment la crise climatique creuse-t-elle les inégalités ?

Elle affaiblit un système alimentaire déjà défaillant

Les phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique (sécheresses, incendies, typhons, inondations, cyclones..) mais aussi les phénomènes plus lents comme l'élévation du niveau de la mer, la désertification , etc, peuvent détruire la principale source de revenus d'une famille. Que ce soit parce que les récoltes sont détruites, le bétail meurt, pêche disparait, ou parce que les sols se dégradent et que les écosystèmes meurent, le résultat est le même : on observe une hausse des prix des aliments. Et une perte des moyens de subsistance des populations les plus vulnérables. 

Le changement climatique affecte aussi de plus en plus les ressources en eau : il modifie les précipitations et le niveau des eaux souterraines. Actuellement, près de 1,8 milliard de personnes - soit près d'un quart de la population mondiale - vivent dans des zones soumises à un stress hydrique, et ce nombre devrait atteindre environ la moitié de la population mondiale d'ici 2030. Le manque d'eau potable a un impact direct sur les cultures et les élevages et donc sur l’alimentation des populations. 

Mais la crise climatique est également aggravée par notre façon de gérer notre système alimentaire. Aujourd’hui, non seulement notre modèle industriel de production agricole ne parvient pas à assurer la sécurité alimentaire de tous, mais en plus il dégrade les sols et érode la biodiversité, épuise les ressources en eau et est fortement dépendant des engrais chimiques pour la culture de vastes monocultures. Bref, un cercle vicieux. 

Elle alimente les conflits et force les populations à se déplacer

À l'échelle mondiale, les conflits restent aujourd’hui la principale cause de la faim, puisqu'ils sont l'origine de plus de 70 % des populations souffrant de faim aiguë, soit plus de 139 millions de personnes. L'aggravation du réchauffement de la planète va entrainer une augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes, notamment des sécheresses, et donc une augmentation des conflits violents.

Un chiffre ?

95%

des déplacements de population dus à des conflits en 2020 se sont produits dans des pays vulnérables au changement climatique

Une surcharge de l’aide humanitaire 



Comme le changement climatique aggrave les facteurs de faim existants il a poussé les besoins humanitaires et de développement à de nouveaux niveaux. Cela paralyse les pays pauvres, qui n’ont pas les capacités d’y faire face et cela engorge les mécanismes d'aide humanitaire, qui ne parviennent plus à répondre à tous les besoins.

Par exemple, en 2021, les pays donateurs ont répondu à un peu plus de la moitié (54 %) de l'appel de 37,64 milliards de dollars lancé par les Nations unies et n'ont fourni que 44 % (soit 6,2 milliards de dollars sur 14,1 milliards) des fonds spécifiquement nécessaires à la sécurité alimentaire. Il y a donc un gros écart entre les besoins des pays les plus vulnérables et les moyens qu’on a pour y répondre.

Les personnes défavorisées sont les plus touchées



Tout le monde n’est pas touché de la même manière et les chocs climatiques perpétuent un cercle vicieux pour les groupes qui sont déjà les plus fragiles et les plus défavorisés.

Les femmes, les minorités raciales, les petits exploitants agricoles et les travailleurs agricoles des pays à faible revenu sont les premiers et les plus durement touchés par le réchauffement de la planète, perdant souvent leur maison, leur revenu et un accès fiable à la nourriture. Ainsi, sur tous les continents, l'insécurité alimentaire est déjà plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Cela est en partie due au fait que, dans plusieurs pays, la discrimination patriarcale prive les femmes du droit à la propriété et d’un salaire égal. Par exemple, au Mali, plus de 50 % des femmes travaillent dans l'agriculture, mais seulement 5 % d’entre elles sont propriétaires. 

femme

Quelles sont les pistes d’actions ?

Des changements politiques majeurs sont nécessaires afin de gérer la double crise du climat et de la faim. Il est urgent d’agir, car si des mesures importantes ne sont pas prises dès à présent, la faim va continuer à monter en flèche dans de plus en plus de pays.
 

"Avec l’Assemblée générale des Nations-Unies qui s’ouvre, mais aussi avec la COP27 en novembre, les leaders mondiaux ont l’opportunité d’enfin tenir leurs promesses : réduire véritablement les émissions et soutenir les pays plus vulnérables dans leurs mesures d’adaptation ainsi que dans la réparation des dommages causés par les catastrophes climatiques. Réformer profondément nos systèmes alimentaires et énergétiques et faire preuve de solidarité internationale répondent à la fois à une nécessité pratique et à un impératif moral "

Guillaume Compain, chargé de plaidoyer climat et énergie chez Oxfam France

Selon Oxfam, un impôt de seulement 1 % sur les profits annuels moyens des entreprises du secteur des énergies fossiles pourrait générer 10 milliards de dollars. Une telle somme pourrait permettre de couvrir la plupart des déficits de financement des appels humanitaires de l’ONU liés à l’insécurité alimentaire.

Une autre piste d’action serait l’annulation de la dette des États vulnérables, qui permettrait aussi aux gouvernements de libérer des ressources pour investir dans la lutte contre les changements climatiques.

Alimentation Climat Inégalités

Par Oxfam x Tilt

Une infographie réalisée en partenariat avec Oxfam 
✏ (texte) Myriam Dahman
✏ (illustrations) AdVitam 
 

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