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Les violences gynécologiques & obstétricales, c’est quoi ?

Rédaction Tilt le 16/11/2023

6 min de lecture 🧠   Niveau « J'y connais rien »

Longtemps passé sous silence, le sujet des violences obstétricales et gynécologiques a récemment émergé. Des témoignages dénoncent sur les réseaux sociaux la récurrence de ces actes tout aussi sexistes que violents. Quels sont les enjeux de la lutte contre les violences obstétricales et gynécologiques ? On te dit tout et sans tabou.

Qu’appelle-t-on une violence gynécologique ou obstétricale ?

Depuis une dizaine d’années et partout dans le monde, des milliers de femmes dénoncent des actes violents ou ressentis comme tels lors de consultations gynécologiques ou lors des soins liés à la grossesse et à l’accouchement, aussi appelé soins obstétricaux. 

Récemment, une pratique obstétricale a fait l’objet de nombreuses plaintes et critiques : l’épisiotomie. Cet acte chirurgical consiste en une incision sur le périnée pendant l’accouchement pour faciliter le passage du nouveau-né. En raison des lourdes conséquences qu’elle peut entraîner, cette intervention, parfois nécessaire, n’est recommandée qu’en cas de dernier recours. Pourtant, de nombreux témoignages de femmes dévoilent l’absence de prévention, de consentement, voie même de justification médicale. Selon une étude publiée dans le Lancet, 40 % des Chinoises accouchant pour la première fois par voie vaginale subissent une épisiotomie, et plus de la moitié de ces interventions seraient dénuées de toute raison médicale ! Et pour certaines patientes, cette opération laisse des séquelles, aussi bien physiques que psychologiques…

Épisiotomie, touchers vaginaux pratiqués sans consentement, absence d’anesthésie pour des interventions douloureuses, actes médicaux « inutiles » ou encore paroles et comportement non appropriés, parfois sexistes et vécus par les patientes comme brutaux… Ces violences obstétricales et gynécologiques, pas forcément évidentes à reconnaître et à évoquer, ont longtemps été passées sous silence. Mais depuis peu (et heureusement), la parole se libère.

Un problème systémique et mondial

#PayeTonUtérus, #PayeTonGyneco, #PayeTonAccouchement, #ViolencesObstetricales… Tu as peut-être déjà vu passé ces hashtags sur Twitter. Des récits d’accouchement traumatisants, ou de simples examens gynécologiques de routine vécus comme des humiliations… Avec les réseaux sociaux, la question des violences gynécologiques et obstétricales s’est enfin imposée à l’agenda médiatique.

Cette libération de la parole a permis d’attirer l’attention sur un problème systémique et mondial. Une étude de l’OMS, réalisée en 2019 au Ghana, en Guinée, au Myanmar et au Nigeria révèle un chiffre alarmant : plus d’un tiers des femmes ont été victimes de mauvais traitements lors de leur accouchement dans des établissements de santé ! Selon cette même étude, plus une femme est jeune et peu instruite, plus elle est exposée à un risque de violence physique ou verbale, à la discrimination ou à la stigmatisation.
Bien sûr, toutes les consultations gynécologiques ou obstétricales ne tournent pas au cauchemar. Mais la récurrence et la systématisation de ces actes révèlent un véritable problème sociétal qui doit être pris en compte par les pouvoirs publics.

Des moyens insuffisants, un patriarcat sous-jacent

Face à la médiatisation des victimes, de nombreux soignants ont levé la voix pour rappeler cette évidence fondamentale : le rôle d’un médecin ou d’un soignant n’est pas de stigmatiser ou de brutaliser, mais bien de soigner.
Quand on creuse, on s’aperçoit vite que les violences obstétricales ou gynécologiques révèlent un problème plus systémique, et notamment un manque de moyens humains et financiers. Par exemple, l’étude menée par l’OMS révèle que les mauvais traitements subis par les femmes nigériennes, ghanéennes, guinéennes et birmanes, sont en partie dus à de mauvaises conditions de travail des personnels de soin et à des systèmes de santé défaillants : manque de matériel, un personnel peu nombreux et insuffisamment formé ou encore des conditions d’hygiène peu respectées. 

Mais derrière ces pratiques gynécologiques et obstétricales, se cache une forte influence de la culture patriarcale. Des mouvements féministes dénoncent une médecine pensée par les hommes. De nombreuses patientes se heurtent à un sexisme sous-jacent lors de certains soins médicaux. Certaines se disent, par exemple, victimes du « point du mari », un geste médical qui consiste à recoudre une épisiotomie par quelques points de sutures supplémentaires, non pas pour le bien-être de la patiente, mais pour renforcer le plaisir de son partenaire. Et c’est loin d’être un exemple isolé : surmédicalisation, amniocentèse non justifiée, pratique excessive de la césarienne… L’ensemble de ces témoignages révèlent un manque d’humanisation et d’écoute des patientes par les équipes soignantes.
 


Les centres hospitaliers sont dans une logique managériale où le résultat – un bébé en bonne santé – prime sur le processus – le déroulement de l’accouchement – et où le temps consacré à une patiente n’est pas perçu comme rentable. Le monde médical doit continuer à exiger d'autres conditions de travail et les gynécologues-obstétriciens doivent, aux côtés des sages-femmes, reprendre la lutte pour une réelle humanisation de la naissance.

Nathalie Sage Pranchère, historienne, auteure de L'Ecole des sages-femmes, naissance d'un corps professionnel (2017).

Et le droit dans tout ça ?

Pour l’OMS également, ces violences s’inscrivent dans un contexte plus large d’inégalité structurelle, de discrimination et de patriarcat. Dans son rapport de 2019, il invoque même les lacunes du droit et invite les États à respecter leurs obligations en matière de droits de l’Homme. En effet, selon le droit international, « les actes ou omissions d'acteurs privés habilités par la loi [de cet État] à exercer des éléments de l'autorité gouvernementale, y compris les organismes privés fournissant des services publics, tels que les soins de santé ou l'éducation, ou gérant des lieux de détention, sont considérés comme des actes attribuables à l’État lui-même ». Traduction : l’État est responsable et c’est à lui de prendre les mesures nécessaires pour lutter contre ces pratiques.

Ajoutons à cela la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes de 1979 qui obligent les États signataires à lutter, par tous les moyens possibles, contre la discrimination et la violence fondée sur le sexe à l'égard des femmes, y compris dans le domaine de la santé.
Mais le droit est-il l’unique solution ? Le manque d’humanité parfois observé dans les services de soin est un véritable problème. Revoir les relations entre les patientes et l’équipe soignante est donc un autre axe sur lequel il est impératif de progresser. Et si nous allions vers un système dans lequel l’humain serait au cœur du processus ?
 

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Par Rédaction Tilt

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