violences de genre
# Deep Tilt

Violences de genre dans le monde : on en est où ?

Rédaction Tilt le 21/11/2022

5 min de lecture 🧠   Niveau « Je me débrouille »

Les violences basées sur le genre touchent près d'1 femme sur 3 dans le monde. Il s'agit d'un fléau mondialement répandu qui touche d'autant plus les pays moins développés. Quelles sont les caractéristiques de ces violences ? Comment les expliquer et surtout comment les éradiquer ? On te fait un état des lieux.

Le chiffre qui fait Tilt

736 millions

de femmes - soit près d’une sur trois - ont subi au moins une fois des violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime, et/ou des violences sexuelles de la part d’une autre personne. 
Source : ONU Femmes.
 

État des lieux des violences basées sur le genre

C’est quoi, les violences faites aux femmes ?

La violence basée sur le genre (VBG), parfois aussi appelée violence sexiste, se réfère à l’ensemble des actes de violence, qu’elle soit physique, psychologique, ou sexuelle, dirigés contre un individu ou un groupe d’individus en raison de leur identité de genre. Elle peut être de nature physique, sexuelle, psychologique ou même socioéconomique, et prendre de nombreuses formes. Cela va de violence verbale, comme des discours de haine sur internet, jusqu’au viol ou au meurtre
 

Elle prend racine dans l’inégalité entre les sexes, l’abus de pouvoir et les normes néfastes. Les termes violence fondée sur le genre et violence à l’égard des femmes sont souvent utilisés de manière interchangeable, car la plupart des violences faites aux femmes (par des hommes) ont des motivations sexistes, et parce que la violence fondée sur le genre touche les femmes de manière disproportionnée. Mais ce concept permet aussi de penser les violences commises contre des hommes ne se conformant pas aux normes de la virilité, ainsi que contre les personnes LGBTQIA+ (lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et autres personnes qui ne correspondent pas à la norme hétérosexuelle ou aux traditionnelles catégories de genre, dites binaires). 

domination

Les violences de genre sont d’une certaine façon un rappel à un certain « ordre social sexué ». De ce fait, elles contribuent à perpétuer des normes patriarcales. La violence fondée sur le genre, comme tout type de violence, est une question de rapports de force. Elle peut se produire aussi bien dans la sphère privée que dans la sphère publique et touche de manière disproportionnée les femmes. Elle repose sur un sentiment de supériorité des hommes et la volonté d’affirmer cette supériorité dans la famille, à l’école, au travail, dans la communauté ou dans la société dans son ensemble.

Petit aperçu de l’ampleur du problème

Aujourd’hui, la violence à l’égard des femmes et des filles constitue l’une des violations des droits humains les plus répandues, les plus persistantes et pourtant l'une des moins signalées en raison de l'impunité, du silence, de la stigmatisation qui l'entoure. Dans le monde, on estime que 736 millions de femmes - soit près d’1 sur 3 - ont subi au moins une fois des violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime, et/ou des violences sexuelles de la part d’une autre personne. Et ce chiffre ne tient pas compte du harcèlement sexuel

Dans le monde, 81 000 femmes et filles ont été tuées en 2020, dont la plupart du temps par un partenaire intime ou un membre de la famille, ce qui équivaut à une femme ou une fille tuée toutes les 11 minutes dans son foyer.  Selon l’INSEE, en 2020, en France, 125 morts violentes au sein du couple ont été recensées par les services de police et unités de gendarmerie ; parmi les victimes, 102 sont des femmes

Qui sont les victimes ?

Bien que la violence sexiste puisse toucher n'importe qui, n'importe où, les études montrent que certaines caractéristiques des femmes, telles que leurs préférences sexuelles, ou encore la présence d’un handicap ou leur origine ethnique, peuvent accroître le risque d’être victime de violence
facteurs de violence

Ce risque de faire face à la violence de genre est aussi aggravé dans certains contextes, par exemple pendant des crises humanitaires, des situations de conflit et d’après-conflit. Selon un rapport de l’OCDE, les filles dans les situations de conflit sont plus exposées au risque de mariage précoce et forcé. Elles sont plus souvent enlevées, violées ou vendues, comme le montrent les cas d'al-Shabaab en Somalie, des Talibans au Pakistan et en Afghanistan, de Boko Haram au Nigeria ou de l'État islamique en Irak et en Syrie. 

Dans le monde, les violences faites aux femmes touchent de manière disproportionnée les pays et régions à faibles et moyens revenus. 37 % des femmes âgées de 15 à 49 ans vivant dans des pays classés comme « les moins développés » ont été confrontées à la violence perpétrée par le partenaire intime au cours des douze derniers mois – soit un taux plus élevé que la moyenne mondiale.

Et la pandémie a aggravé la situation

D’après les résultats du rapport d’Oxfam « Une autre pandémie » qui analyse la situation de la violence basée sur le genre dans 10 pays, les appels aux lignes d’aide disponibles pour les victimes ont explosé, avec par exemple une hausse de 25 % en Argentine, 50 % en Chine et en Somalie, et 73 % en Italie et 111 % en Malaisie ! La France, qui avait déjà l’un des taux les plus élevés de violence domestique en Europe, enregistrait en juin 2020 une augmentation des violences conjugales de 30 %. 

Dans d’autres pays, les décès consécutifs à des violences domestiques ont triplé lors des premiers confinements. De nombreuses femmes n’ont pas pu contacter les service d’aide à temps car, à cause de la pandémie, elle se sont retrouvées enfermées avec leur agresseur toute la journée et il pouvait donc surveiller toutes leurs communications téléphoniques ou leur utilisation d’Internet.

Il faut changer les choses en profondeur

Vie privée ou problème politique ?

Malgré ces chiffres, les violences faites aux femmes ont longtemps été considérées comme un phénomène de la vie privée. De fait, elles ont souvent lieu au sein du couple ou de la sphère familiale. Selon ONU Femmes, la plupart des violences contre les femmes sont perpétrées par le mari ou le partenaire intime actuel ou passé. Plus de 640 millions de femmes âgées de plus de 15 ans ont été confrontées à la violence perpétrée par leur partenaire intime. En France, les violences conjugales ont augmenté de 10 % sur l’année 2020, selon le ministère de l’Intérieur. Environ 87 % des victimes sont des femmes. Dans 58 % des cas, lorsqu’une femme est tuée, le meurtre était perpétré par un partenaire intime ou un membre de la famille.

manifestantes

Mais depuis les années 1970, les mouvements féministes ont cherché à rendre visible et à donner un sens politique aux violences faites aux femmes, en démontrant que celles-ci ne sont pas un acte marginal et interpersonnel, mais qu’elles constituent un ressort de l’oppression des femmes

Quelles mesures peuvent être mises en place ?

ONU Femme propose 16 pistes d’action pour lutter contre les violences faites aux femmes. Parmi elles, il y a bien sur le fait d’adopter et appliquer des lois visant à poursuivre en justice les auteurs de violences à l’égard de femmes et de filles, de rendre la justice accessible aux femmes et aux filles, de mettre un terme à l’impunité dans le cadre de la violence sexuelle en période de conflit en poursuivant les auteurs de violences en période conflictuelle et post conflictuelle.

Mais aussi des propositions visant à assurer un accès universel aux services de base, à former les prestataires de services  de base en particulier la police, les avocats, les juges, les travailleurs sociaux et le personnel de santé pour assurer qu’ils suivent des normes et des protocoles de qualité., ou à diffuser les données nationales sur ce sujet… Il est essentiel de garantir le droit pour femmes de posséder des terres et des biens, hériter, percevoir un salaire égal pour un travail égal, et obtenir un emploi sécurisé et décent, sensibiliser le public et accroitre la mobilisation sociale, engager les médias… et bien sûr mobiliser les hommes pour qu’ils prennent position contre la violence à l’égard des femmes et des filles et qu’ils favorisent l’égalité et la solidarité en matière de genre.

changement société

Par ailleurs, pendant la pandémie, quelques (rares) pays ont pris des mesures additionnelles destinées à lutter contre les violences basées sur le genre. Par exemple, le rapport d’Oxfam met en évidence le cas de la Nouvelle-Zélande, qui a instauré des protocoles nationaux pour mieux protéger les victimes et a déclaré l’activité des personnes leur venant en aide comme une activité essentielle, ce qui leur permettait d’avoir accès à des fonds d’urgence ou à pouvoir se déplacer plus librement lors des confinements. De son côté, l’Afrique du Sud a mis en place des mécanismes pour renforcer la capacité des victimes à signaler et dénoncer les agressions qu’elles subissent. Mais cela reste une minorité.

Associer les femmes à la prise de décision

Selon Oxfam, l’analyse de 70 pays sur 40 ans montre clairement que le facteur de changement politique le plus essentiel et efficace est la présence d’un activisme féministe. Les mouvements et organisations féministes ont transformé notre manière de considérer les violences basées sur le genre. Elles arrivent à attirer l’attention sur cette problématique et à susciter l’émotion, dans le monde entier, comme cela a été montré par les mouvements #MeToo, #SayHerName et #BalanceTonPorc.

société

Pour lutter efficacement contre les violences basées sur le genre et protéger les personnes principalement concernées, les gouvernements doivent impérativement adopter des plans de relance entièrement féministes qui prévoient les moyens suffisants pour lutter efficacement contre les violences à l’égard des femmes – y compris les filles et les femmes transgenres – ainsi que de ceux et celles appartenant à la communauté LGBTQIA+.

Égalité de genre

Par Rédaction Tilt

Nations Unies | ONU Femmes : les formes de violences & les chiffres | ONU Femmes : 16 mesures pour mettre fin à la violence | Oxfam : Rapport sur l'augmentation des violences | Oxfam : Rapport l'autre pandémie | OCDE | INSEE

✏ (texte) Myriam Dahman
✏ (illustrations) AdVitam

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