sobriété
# Tiltionnaire

Sobriété, un nouveau modèle de développement

Rédaction Tilt le 23/12/2022

5 min de lecture 🧠   Niveau « J'y connais rien »

La sobriété, on en entend beaucoup parler en ce moment. Nous sommes invités à ne pas consommer trop d’énergie, en limitant le chauffage ou nos déplacements, en réduisant l’éclairage public, afin d’éviter des factures énergétiques trop importantes. Bref, il faut être sobres et modérés, car les prix du pétrole, du gaz et de l’électricité ont flambé. Mais la sobriété, c’est surtout une tendance de fond, une nouvelle façon de consommer et de vivre, dans un monde où les ressources ne sont pas infinies.

Comme le résume l’Ademe, l’Agence de la transition écologique, « dans un contexte où les ressources naturelles sont limitées, la sobriété consiste à nous questionner sur nos besoins et à les satisfaire en limitant leurs impacts sur l’environnement ». 


Quels sont nos vrais besoins ?


Et les questions sont simples : est-ce que j’ai vraiment besoin d’un nouveau smartphone ? Pourquoi acheter une tablette alors que j’ai déjà un ordinateur portable ? Est-il utile de partir en vacances en avion, pour gagner quelques heures, alors que je peux prendre le train ? Pourquoi me servir une grande assiette à la cantine si c’est pour en jeter la moitié ? Ces interrogations peuvent se décliner dans notre vie quotidienne, à l’école ou en entreprise. La sobriété peut être énergétique, alimentaire ou numérique, car nos ordinateurs et téléphones émettent 4 % des rejets de CO2, soit plus que l’aviation civile. 


Mieux avec moins


La sobriété, cela revient à faire « mieux avec moins ». Mieux, pour aller vers une consommation plus responsable afin de préserver notre environnement, en privilégiant par exemple les produits bio et locaux et en mangeant moins de viande. Moins, parce que les ressources de notre planète sont limitées et qu’il faut donc éviter d’acheter des choses inutiles et de surconsommer, et tendre vers le recyclage et les achats de seconde main.

Un modèle de sobriété doit cependant tenir compte des inégalités sociales et géographiques, et donc d’une meilleure répartition de ces ressources et de leur accès. De nombreuses personnes subissent déjà une forme de sobriété, quand elles n’ont pas les moyens de se chauffer ou d’acheter certains aliments. 

"Il faudrait rompre avec la politique du toujours plus. Plus de production, de croissance, de consommation, etc. Et se diriger vers un modèle de sobriété heureuse. Privilégier le mieux-être, les ressources immatérielles, le lien social et passer de la logique de la quantité à celle de la qualité. La qualité nous permet d’être plus heureux·se avec moins de choses"

Frédéric Lenoir, philosophe


La sobriété : une question taboue


Longtemps synonyme de privations ou de restrictions, la sobriété globale devient de moins en moins taboue. Le principe a émergé dans les années 1970 quand des scientifiques ont révélé que les ressources de la terre n’étaient pas infinies. C’est le fameux rapport Meadows, la première alerte sur les limites de la croissance. Mais ceux qui portaient la parole de la sobriété ont longtemps été caricaturés. Certains parlaient de « décroissance », de retour à la « lampe à huile » pour s’éclairer ou du modèle « Amish », du nom de cette communauté américaine vivant comme au XVIIIe siècle et refusant la modernité. 


Mais la sobriété n’est pas le refus de la modernité. Bien au contraire. Nous aurons toujours besoin d’énergie, mais elle devra être renouvelable et non plus fossile. Et d’innovations pour des biens de consommation plus responsables. La sobriété, c’est quelque part la fin de la surconsommation, modèle qui s’est développé depuis la Seconde Guerre mondiale. Soit de nouveaux modes de vies, habitudes et comportements à adopter individuellement et collectivement. 


Sobriété & justice sociale


Le chemin vers la sobriété est complexe, car il faut concilier les comportements individuels et collectifs. À quoi servent mes efforts de sobriété quand une centaine d’entreprises sont responsables de près des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre ? Ou quand, en France, le patrimoine financier des 63 milliardaires émet autant de gaz à effet de serre que celui de 50 % de la population française ? Et quelles doivent être les mesures de sobriété à prendre en priorité sachant que les pays du nord et du sud n’ont pas les mêmes niveaux de consommation ? 


Dans son 6e rapport d’avril 2022, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) s’est penché sur la question de la sobriété pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Pour les experts, il s’agit « d’un ensemble de mesures et de pratiques quotidiennes qui permettent d’éviter la demande d’énergie, de matériaux, de terres et d’eau tout en assurant le bien-être de tous les êtres humains dans les limites de la planète ». Le GIEC résume ainsi en trois options le concept de sobriété : éviter (de prendre l’avion), changer (son alimentation avec moins de viande) et améliorer (isoler son logement par exemple).

Mais les responsabilités sont partagées : les comportements changent lorsque c’est possible. Difficile de choisir le train ou de moins chauffer s’il n’y a pas de ligne de chemin de fer ou que son logement est une passoire thermique. Et si les solutions les plus écolos, ne sont accessibles qu’aux plus riches, le changement sera globalement limité ! Pour que justice climatique rime avec justice sociale, les politiques publiques doivent accompagner cette transition… vers plus de sobriété.

Pour creuser le sujet : 

Mieux consommer

Par Rédaction Tilt

Sources :

  • Des textes religieux à la sobriété énergétique, l’Ademe se penche sur toutes les définitions de la sobriété, et les réflexions sur la modération de la production et de la consommation matérielle : Panorama sur la notion de sobriété
  • 10 idées reçues sur la sobriété des modes de vies par Bon Pote
  • La sobriété a longtemps été taboue - France Info

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